Esmeralda

Sous un toit sinistrement sombre

Derrière des barreaux de fer,

Entre la saleté et l’ombre,

Vit dans cet infernal enfer.

Dans des trous tout noirs et sordides

Loin des lumières de vertus,

Loin des rires d’enfants splendides,

Là, tous les rires se sont tus.

Dans cet insondable théâtre,

Aucune musique ne sort,

Le silence est le seul trésor

Et l’aigre chagrin est folâtre.

Ô l’ennui, l’unique maîtresse

Creuse au fond des cerveaux obscurs,

Quand dans les veines des grands murs

Coule la plus folle détresse,

Elle cherche dans ses fidèles

En réveillant dans tout leur sang

La folie qui monte et descend

Les spectres noirs des hirondelles.

Plus un seul bruit, plus une vague,

Là, les sourires enfantins

Innocents et francs au matin

Ne sont plus qu’un souvenir vague.

Les cris des oiseaux qui sont libres

Résonnent dans leurs tristes cœurs

Comme des hurlements moqueurs,

Oui, car ici, plus rien ne vibre !

Leur tendre mère si sévère

De ses grands yeux verts et perçants

Les regarde pleurer et sans

Tendresse, oh, même très légère,

Part en fermant à clé la porte.

Les pauvres enfants, prisonniers,

Vont s’endormir dans le grenier

Terrible, effrayant, qui emporte

Leurs rires si doux et enlève

Leurs joies qui couvrent la maison.

Et en ricanant la prison

Murmure : – Faîtes de beaux rêves !

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